Accords perdus avec Arthur Harari et son film "Peine Perdue"

Alors que son premier long métrage, Diamant noir, est en sélection au renommé festival Premiers plans d'Angers, embarquons tranquillement à bord du canot d'Arthur Harari… Pour ce numéro de CIEL#5, prenons les rames et flottons avec le court métrage, Peine perdue, au tempo de la pop rugueuse et poétique de Bertrand Belin, sur des histoires de flirts et de romances d'aujourd'hui... et de toujours. Lorsque la musique est le film...

L'auteur réalisateur Arthur Harari nous délivre avec Peine Perdue une variation mélancolique et mélodique sur la séduction et les frustrations amoureuses. Le film nous raconte avec une étrange facilité, au fil de l'eau, l'histoire d'Alex, un garçon mal assuré, attiré par la belle Julia, une parisienne un peu blasée en vacances. Au cours d'un concert, Alex rencontre l’intrigant Rodolphe qui lui propose alors son aide "imparable" et qui agira auprès de lui comme un véritable révélateur des éternelles problématiques amoureuses et des frustrations qui peuvent en découler.

La pertinente vision musicale d’Arthur Harari et l’utilisation qui en découle, contribuent à accompagner à merveille le propos de son film en facilitant la captation de ces sentiments amoureux pris dans les règles de la séduction. Son regard quasi documentaire, qui accompagne ses acteurs, le plus souvent non professionnels, donne une incroyable justesse de ton à toutes ces âmes en peine, cherchant l'être aimé et cherchant à être aimé. Les morceaux joués au concert près de l’eau, en prise de son direct, remplissent et donnent sens aux silences gênés au cours d'un slow dansé entre Alex et Julia. La musique qui nourrit ici à merveille le récit n’est pas sur le film, elle est le film ; elle fait totalement corps avec eux. Elle sait s’arrêter aussi et faire silence, ne noyant jamais l’intention de l’auteur.

La qualité sonore du dispositif mis en place, pourra faire résonner chez le spectateur la corde des souvenirs d'amours de vacances, un peu hors du temps, qu'une mélodie est toujours prête à raviver à chaque instants de la vie. C'est ce que fait Peine perdue. Il réussit à capter ces multiples sentiments forts, subtiles et différents qui errent là, sur ces paysages bucoliques tout près de l’eau, cristallisé alors par la seule mélodie extra diégétique du film : un air de flûte envoutant et obsédant extrait de Fantaisie n°3 de Georg Philip Telemann.

Et le beau et ténébreux Bertrand Belin, en personne dans ce film, peut bien se démener et jouer la sérénade en chantant « Julia » à Julia, pour lui aussi, tout n'est pas forcément acquis dans cette histoire sans l'aide d'un ami. Julia aurait très bien pu s'appeler Nicole et son refrain aurait très bien pu tomber à l’eau.

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