Bastien Dubois, croqueur du monde

En déployant le concept de "carnet de voyage animé", Bastien Dubois met à l'oeuvre le subtile équilibre entre documentaire et cinéma d'animation. En observateur du réel bienveillant et appliqué, il livre au spectateur un recueil de croquis vivants pour mieux lui faire partager les histoires humaines traversées au fil de ses pérégrinations. Globe-trotteur originaire du nord de la France, pour Bastien Dubois, l'aventure est partout où l'on sait la créer. Aussi le réalisateur a-t-il choisi de proposer dans ce numéro de CIEL, aux côtés de son Madagascar, carnet de voyage, le parodique film de Pierre Mousquet et Jérôme Cauwe, Les Voiles du partage. Une carte blanche à l'altérité, entre générosité et autodérision.

En 2004, juste avant d’entamer ses études d’animation, Bastien a effectué le voyage Lille-Istanbul en auto stop, soit plus de 2800 km parcourus pendant deux mois, en passant par l’Italie et la Grèce. Ce voyage se voulait à la fois être une virée initiatique dans les grandes villes de l'art (Florence, Rome...) et le sujet d’un premier carnet de voyage papier. En effet, lors de ce périple, Bastien a réalisé plus de 120 dessins : encre, aquarelle, crayon et gouache. C’est à l'école d'animation Supinfocom qu’il a eu l’idée d’un carnet de voyage animé. Grâce à un logiciel 3D, il a donné à ses dessins la dimension qui permet au spectateur de s’immerger dans son univers. De là est née la démarche de réaliser un carnet de voyage en court métrage. 

Après deux ans de Supinfocom, Bastien est parti à Madagascar pendant presque un an pour réaliser Madagascar, carnet de voyage, qui retrace, comme une autobiographie, le parcours d'un voyageur occidental confronté aux coutumes de cette île. Achevé en mai 2009, le film a reçu de nombreux prix et sélections internationales dont le prix Canal+ à Annecy en 2009 et une nomination aux Oscars en 2011.

Bastien Dubois au sujet de Madagascar, carnet de voyage :
 
"J’y suis resté en tout dix mois, je suis arrivé avec un ordinateur portable, un appareil photo numérique et près de dix kilos de matériel de dessin : de l’aquarelle, des crayons de couleur, des gouaches, des craies, des crayons, de l’encre et des carnets. Quand le matériel est venu à manquer, j’ai trouvé au marché un endroit où l'on vendait du papier au kilo pour faire de l’emballage. J'ai relié les feuilles pour faire mes propres carnets. Je suis assez vite allé voir un Famadihana, la cérémonie du retournement des morts dont traite le film. C’est une coutume malgache qui donne lieu à d'importantes festivités, à des beuveries et des sacrifices de zébus, et montre bien l'importance du culte des anciens dans cette société.

Pour préparer le travail de l'animation avec mes dessins (la décomposition du mouvement), j’ai acheté une imprimante sur place et fabriqué une table lumineuse avec un vieux tiroir! ...
Je suis retourné à Madagascar un an après avoir fini le film. J’ai vécu un incroyable moment quand j’ai pu montrer le film à la famille où s’était déroulé le Famadihana. J’ai loué un bus pour emmener tout le monde au cinéma. La majorité de ces personnes n’y était jamais entrée." 

De ce film, Bastien Dubois a récemment tiré une série appelée Portraits de voyages (vingt épisodes de trois minutes pour vingt lieux différents), qui nous emmène dans un tour du monde subjectif et haut en couleur, tissé d’histoires originales. Chaque épisode met en scène un habitant d’un pays qui raconte au voyageur un aspect de sa culture, de son histoire ou de son environnement.

Une autre vision du documentaire animé avec le choix de Bastien Dubois, Les Voiles du partage de Pierre Mousquet et Jérôme Cauwe.

"On me demande souvent à propos du documentaire animé : où s’arrête le documentaire, où commence la fiction, jusqu'à quel point est-il permis de tordre la réalité pour soutenir la narration et surtout : le documentaire en animation est-il envisageable du fait même de son absence d’ancrage dans la réalité ?

J’ai choisi – en lien avec la thématique du voyage – le film Les Voiles du partage de Pierre Mousquet et Jérôme Cauwe. Etant moi-même originaire du Nord-Pas-de-Calais, j’ai pu constater à travers ce film que non seulement l’animation est un média tout à fait valable pour décrire une réalité dans sa vérité la plus crue mais que plus encore, elle est capable de la transcender de par la puissance de regard et d’analyse de ses auteurs.

Les situations, les décors, les personnages croqués par Jérôme et Pierre évoluent dans leur milieu dans un élan quasi naturaliste. Pas un détail n’est omis. Et si les situations dépeintes dans ce film ne sont pas tout à fait la réalité... elles sont bien plus que cela, elles sont ce vers quoi tend la réalité. Et les auteurs de ce film possèdent la sensibilité permettant de déceler cela pour ensuite le livrer au monde : est-on maître de son destin ? Je laisse à Jérôme et Pierre le soin de répondre à cette question." Bastien Dubois

A la suite de leur premier film, Les Yeux de la tête, ce court métrage de Pierre Mousquet et Jérôme Cauwe s’inscrit dans une démarche humoristique basée sur la caricature du cinéma d’action : Étienne Bernard, en quête d'aventure, arrive dans une ville du nord de la France aux mains d’une mafia qui vit de courses de chars à voile truquées.