Carte blanche au festival Désir...Désirs !

Depuis 24 éditions, le festival Désir…Désirs s’attache à montrer qu’un certain nombre de normes nous contraint à penser nos relations à l’Autre d’une manière systématiquement binaire. Un festival, une/des proposition(s) de cinéma et une carte blanche sur le thème de la drague avec CIEL#9 : rencontre.

Normes de genre, où chacun est soit homme, soit femme (avec le statut de dominant ou dominé rattaché à chacune de ces identités de genre) ; normes amoureuses, ou chacun ne peut être attiré que par l’autre sexe ; normes physiques, où le beau est dicté par des canons placardés sur les panneaux publicitaires, et où le handicap ne peut être qu’un défaut ; normes en matière de famille, à laquelle seul le couple hétérosexuel pourrait prétendre…

Tous les films diffusés depuis les origines du festival n’ont qu’un but : faire réfléchir, en donnant à voir des histoires (fictives ou non) racontant les parcours de tous les marginaux à ces normes. Les différences, les irrégularités, les bizarreries… ne sont pas des défauts à gommer, mais des richesses à connaître et apprécier d’abord, à partager ensuite. Les identités et les genres sont différents, mais ils se valent. Les désirs sont multiples, variables et évolutifs, mais qu’ils soient portés par un homme ou une femme sur un homme ou sur une femme n’a pas d’importance.

Petit cœur, diffusé en 2015 à Désir… Désirs, nous a semblé refléter fidèlement ce message. La magie du court métrage et le talent du réalisateur condensent en quelques minutes des sentiments puissants qu’on sent à l’œuvre chez le personnage principal incarné par Clémence Laboureau. Au milieu du métro, enveloppée dans une mélodie de Pagano, elle est troublée par une autre voyageuse, qui décide de franchir le pas et vient vers elle. Son paquet de cigarette devient le prétexte pour établir un lien, nouveau et différent, qui va bouleverser les certitudes. Un peu plus tard, à la terrasse d’un bar, c’est la frustration qui prend le dessus : enfuie dans le métro, l’occasion est manquée de prolonger la rencontre avec cette fille… sauf si les cigarettes, en plus de créer la rencontre, devaient servir à conserver le lien ?

En quelques minutes, tout est dit. L’histoire entre les deux jeunes femmes aurait dû exister, c’était une évidence. Par surprise, ou par peur, tous les beaux moments qui auraient été possibles s’envolent en fumée. La jolie technique de drague (qu’on découvre et dont on pourra se resservir… !) tombe à l’eau : invité au festival, le réalisateur Uriel Jaouen Zrehen avait assuré qu’il ne l’avait jamais mise en œuvre lui-même, et qu’elle avait été imaginée uniquement pour le film. Finalement, peu importe la méthode, l’essentiel est peut-être de simplement sauter le pas en ayant le courage d’aller vers l’autre. La réussite de la démarche dépendra seulement du courage de l’autre à le comprendre, à ne pas en avoir peur, à y répondre…