Documentaire et histoire

Le Procès de Phnom Penh, la justice et l'Histoire

Explications, témoignages, déni, les procès de Phnom Penh font resurgir un passé tragique, appuient sur une plaie encore bien ouverte, mais libèrent enfin la colère et les souffrances des rescapés du conflit. Avec son documentaire Procès de Phnom Penh, j'ai mon mot à dire, la réalisatrice Loan Lam revient sur les témoignages de victimes ; lorsque les récits, la mémoire rencontrent l'Histoire.

Plus de trente ans après le génocide cambodgien, Loan Lam, une orléanaise d’origine vietnamienne réalise un documentaire où s’expriment rescapés et familles de disparus. De 1975 à 1979, près de 2 millions de personnes ont disparu sous le régime des Khmers rouges, soit un quart de la population cambodgienne de l’époque. Pour la plupart torturées et jetées dans des fosses communes, les victimes ont été privées de rites religieux et de sépulture. Dans la tradition bouddhique cambodgienne, cela signifie que leur esprit ne peut se réincarner, elles sont donc condamnées à errer et hanter les vivants.

Après ce massacre, le silence amnésique, l’impunité. En 1998, Pol Pot, le dirigeant politique et militaire des Khmers rouges meurt, sans avoir payé pour les atrocités qu’il a commises.

Afin de juger les criminels de guerre toujours en vie, un tribunal spécial internationalisé, principalement financé par les Nations unies et la France a été mis en place à Phnom Penh, la capitale du pays. Les victimes, pour la première fois depuis les Procès de Nuremberg, ont le droit de se porter parties civiles.

C’est en 2009 qu’a lieu le premier procès, celui de Kang Kek Ieu, dit Douch, responsable du principal centre de torture du régime, S21, à Phnom Penh. Il est condamné à la prison à perpétuité. Le second procès a lieu l’été 2014, concernant 4 accusés. Nombre d’observateurs estiment que les avancements des jugements du Tribunal sont ralentis volontairement, notamment par la lourdeur des procédures. Les accusés étant âgés, le temps devient pourtant précieux.

Procès de Phnom Penh, j'ai mon mot à dire nous montre le combat acharné de 5 rescapés installés en France désirant témoigner de la barbarie et de l’injustice qu’ils ont subi, eux et leurs proches. Si ceux-ci ont bien voulu parler, c’est à l’instigation du juge Hoc Pheng Chhay, président et créateur du Comité des Victimes des Khmers Rouges (CVKR), mouvement né à Rambouillet en 1999, lui aussi interviewé dans ce documentaire. Pour la réalisatrice, « C'est le fruit de trois ans de travail et de rencontres avec la diaspora cambodgienne en France et en Belgique ».

 

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