Un taxi-brousse nommé plaisir

Pour ce CIEL#11, Dyana Guaye, réalisatrice du court métrage Un transport en commun nous convie à un voyage plein d'imprévus dans un taxi-brousse où les passagers croisent leurs destins et se racontent en chansons. Quand tout semble s'éparpiller, la musique crée soudain l'harmonie... Clin d'oeil évident à cet opus Ciel "Transport(s) en commun".

A la gare routière de Dakar, au petit matin, un taxi s'apprête à partir pour Saint-Louis. Le rabatteur cherche les clients. Finalement, six passagers sont à bord : une jeune femme qui se rend à l'enterrement de son père ; un jeune qui veut revoir sa fiancée avant son départ pour l'Italie ; la propriétaire d'un salon de coiffure chic qui retourne voir ses enfants, deux jeunes Franço-Sénégalaises au terme de leurs premières vacances au Sénégal. Il manque un passager, il faut donc négocier avec le chauffeur pour qu'il parte et payer le billet manquant.

A peine parti et c'est déjà les embouteillages. Le chauffeur est dépité par cette vie et chante "il n'est pas supportable de vivre notre quotidien, il n'est pas supportable de ne plus croire en rien" au son des percussions.

Il y a aussi un jeune français, qui rate le taxi de peu et part à sa poursuite. Sur sa route, il croise la nièce de la propriétaire du salon de coiffure qui rêve de liberté et qui, elle aussi, part pour Saint-Louis.

La route est longue, la chaleur intense et les routes surchargées. Le périple s'avère plein d'imprévus. Les passagers vont apprendre très vite à se connaître et à se raconter leur vie par les mots et par les corps. La musique des langues mêle le français au wolof, les chansons aux dialogues. Le temps du voyage, tous ces personnages vont vivre en musique une aventure commune et composer une partition, reflet des aspirations de la société sénégalaise où on rêve d'ailleurs, où on rit, on partage, on s'engueule, mais toujours on se respecte. A l'image du chauffeur de taxi qui a un accident avec un camion qui transporte des pastèques. On crie, on s'engueule, le chauffeur du camion se confond en excuse et offre une pastèque en cadeau pour se faire pardonner. On repart et tout est oublié...

Les chansons, les chorégraphies, la musique, font inévitablement penser aux comédies musicales de Jacques Demy avec un mélange de tradition orale africaine qui scandent les rêves, la joie, l'attachement aux racines ou les difficultés du quotidien. L'énergie des danses, la musique africaine se teinte de soul, de funk, de jazz, les chansons révèlent et libèrent les passagers et rythment le voyage à travers les paysages de brousse et les baobabs centenaires.

La réalisatrice réussit à embarquer le spectateur dans un voyage enchanteur entre le réel et l'imaginaire et où tout devient magique, plein de couleurs à l'image des boubous, des boutiques décorées, des salons de coiffure, de la vie de la rue...