Un été sur les routes de province

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Alors que le premier long métrage de Maryam Goormaghtigh, Avant la fin de l'été sortait sur les écrans le 12 juillet dernier, nous faisons une marche arrière dans le temps jusqu'à ce court métrage documentaire, BIBESLESKAES, coréalisé avec Blaise Harrison (notre portrait de CIEL#10) en 2006 qui, de nouveau, nous conduit sur une route, en été. Au passage : des visages, des paysages, des façades sous un soleil rasant dans une balade ryhtmée par une musique pop qui rappelle déjà la traversée française des trois amis iraniens... Telle est notre invitation "Du court au long" pour ce CIEL#11.

Maryam Goormaghtigh nous parle de Bibeleskaes :
Bibeleskaes est l'un des mes premiers films, un court-métrage de 26 minutes coréalisé avec Blaise Harrison en 2005.
Nous l'avons tourné en 16 mm, avec une caméra Arriflex. Blaise faisait le cadre tandis que je chargeais et déchargeais les magasins.
L'idée était d'embarquer le spectateur dans une sorte d'errance estivale, en pleine campagne alsacienne, région à laquelle j'étais très attachée et que je connaissais bien pour y avoir passé toutes mes vacances jusqu'à l'âge adulte.
C'était une période où la campagne connaissait de grands changements. On voyait des lotissements pousser comme des champignons, un peu partout, transformant peu à peu le paysage. Les abords du village de mes grands-parents n'étaient pas épargnés par ces constructions récentes qui avaient quelque chose d'un peu triste et de loufoque à la fois. Nous voulions témoigner de cela à l'écran, sans jugement ni commentaire et sillonner la région au gré des découvertes et de nos envies.
C'est un film sans parole et les rencontres avec les gens du coin sont silencieuses. Ils prennent la pose, nous échangeons un regard et puis nous repartons sur les routes. Parfois nous nous arrêtons dans un bar à l'heure de l'apéro, dans une zone commerciale où tourne un manège avant de terminer la journée dans un bal de village. Les ruelles sont désertes à l'heure de la sieste, quelques adolescents s'ennuient sur un banc, un orage se prépare.
Le tournage a duré dix jours. Quand une situation ou un paysage nous plaisaient, nous arrêtions la voiture sur le bord de la route et nous filmions. 

Corrine Martin - Visions du Réel, Festival international de cinéma, Nyon :
"Une route serpente paresseusement entre deux champs. La caméra, en de longs travellings, nous fait goûter à une ambiance estivale. Les paysans fauchent les blés. Une musique pop incite à la balade. Au déplacement succèdent des scènes captées en plans fixes. Une rue de village déserte, le soleil tape sur le bitume. Une stridente sirène d'alerte se met en marche, ironique incitation au mouvement, alors que rien ne bouge. Les maisons s'alignent dans une profonde perspective, il n'y a pas un chat, juste un chien qui aboie hors champ. Des adolescents sont assis sur un banc, muets, quelques gestes las disent la chaleur moite. Deux femmes balaient mollement un trottoir dans un propret quartier résidentiel de villas. Une mère attend son enfant dans une fête foraine, il est le seul occupant du manège. Avec une composition de plans rigoureuse, des micro-actions se développent, mais elles sont bien vite rattrapées par la léthargie ambiante. Hormis quelques voitures traversant le champ, les mouvements humains semblent s'être arrêtés, faisant apparaître, par contraste, le ciel en perpétuelle transformation comme le principal personnage de Bibeleskaes : brume d'été, cumulus aux formes étranges, nimbostratus laissant percer un vif rayon de soleil, et violents orages constituent une chorégraphie vivante. En construisant une esthétique du temps suspendu, Blaise Harrison et Maryam Goormaghtigh révèlent tendrement la vacuité et l'ennui de l'été en province. "