NINOUCHE de Valérie Massadian

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Dans Ninouche, Valérie Massadian nous convie à une observation de l’enfance, en toute liberté... Retour sur ce court métrage avec CIEL "Du court au long", en écho à la sortie en salle du deuxième long métrage de la réalisatrice Milla.

Dans une maison isolée en pleine campagne, le temps défile au rythme de la nature et des quatre ans d'une petite fille, Ninouche, livrée à elle-même, qui va réorganiser le monde autour à sa hauteur...
La spontanéité de cette enfant livrée « pour de vrai » à elle-même, sans direction donnée pour la mise en scène, ni dialogues, pourront provoquer chez le spectateur de la tendresse et de l’émotion, une incompréhension ou une gêne face à cette grande solitude.

Dans cette campagne, où le temps semble s’être arrêté, dans un monde de silence ponctué par les balbutiements de Ninouche et les chants des oiseaux, on suit le quotidien de cette enfant qui assume, sa vie seule, semble t-il. Elle s’habille seule, ramasse du bois, fait du feu dans la cheminée ou pose des collets pour attraper un lièvre. Elle se débrouille seule et le spectateur est troublé face à cette absence de la mère qui n’est visible à l’écran que lors de quelques plans… comme s’il s’agissait d’un rêve.

La réalisatrice ne souhaite ni expliquer la situation, ni tout dire. Elle garde le secret pour préserver la spontanéité de cette petite fille et créer une tension pour obtenir une émotion vraie. Ce film est le fruit d’un long travail d’observation, de patience, avec une envie profonde de prendre le temps nécessaire pour s'apprivoiser mutuellement et capter ses gestes, sa délicatesse, ses commentaires, son effort pour faire les choses.

Valérie Massadian est photographe et cela se ressent. Elle fait confiance à l'instantané, n'encombre pas son film de dialogues. Elle donne à voir, à ressentir et Ninouche se révèle tendre, sensible, émouvant, le naturalisme de son film le rapprochant plus du documentaire que de la fiction. "Là où vous parlez de silence, je pourrais parler de pudeur, de respect, de désir, de goût pour un autre rapport au temps. Le silence génère une attention particulière, demande à être à l'écoute du moindre geste, comme je le suis moi en filmant, et fabrique une tension sourde, une narration ténue, des possibles qui s'enchevêtrent. Le premier langage pour moi, celui qui me traverse immédiatement, c'est le geste plus que le mot. Tout comme vient l'émotion avant la pensée, l'analyse. Un corps, un mouvement, une crispation, un évitement, un geste de tendresse, un regard qui ne vient pas... m'invitent ou me paralysent de façon démesurée parfois. Je crois que le silence, les ellipses, amènent au film quelque chose de physique, de charnel, de presque primaire, très évident face à l'enfant. Voir en pensant et ne pas penser, pré-penser ce que l'on voit. Tout comme le choix de plans fixes, ne pas imposer une "lecture", peut-être que cela chamboule le point de vue, comme si celui qui regardait était aussi regardé..." explique la réalisatrice.

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