"Armand, New York" de Blaise Harrison

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Documentaire et portrait font souvent bon ménage. Dans le programme "Profils en courts", on le constate avec Kacey Mottet Klein, naissance d'un acteur d'Ursula Meier. Autre exemple ici : en 2011, le cinéaste Blaise Harrison filmait une première fois Armand dans Armand, 15 ans l'été, touchant documentaire qui sous ses airs de chronique estivale, faisait le portrait de la relation naissante entre un réalisateur et son sujet.  Cinq ans plus tard, Armand New York les réunit une nouvelle fois.

Le dernier plan d'Armand New York, d'apparence anecdotique car situé après le générique de fin, révèle au grand jour la relation privilégiée entre Blaise Harrison et Armand, son personnage. On voit ainsi ce dernier prendre la pose à New York devant la sklyline de Manhattan : Armand est à New York, comme le figure sans équivoque le titre du film. Puis, après quelques secondes,  Blaise Harisson (dont il faut préciser qu'il filme ici Armand sans équipe de tournage) entre dans le champ pour rejoindre le protagoniste de l'histoire, qu'on imagine alors être un peu plus que cela. La pellicule Super 8 enregistre pendant une vingtaine de secondes les silhouettes de ces deux compères, en scellant ainsi le destin d'un film où il n'était peut-être pas uniquement question d'Armand, mais bien de sa relation avec Blaise Harrison. 

Qu'un cinéaste s'attache de la sorte à un sujet, la chose n'est pas rare. Bien des réalisateurs ont fait acte de compagnonnage avec un acteur ou une actrice en particulier. Récemment, et la présente programmation d'Armand New York y fait directement écho, la réalisatrice Ursula Meier systématise le travail avec l'acteur Kacey Mottet Klein, qu'elle a fait naître au cinéma avec Home (2008), et que l'on retrouve également dans ses productions suivantes : L'Enfant d'en haut (2012) et Journal de ma tête (2018), avec en point d'orgue le méta-film Kacey Mottet Klein : naissance d'un acteur (2015). Ce qui se joue toutefois entre Blaise Harrison et Armand est différent. Ce dernier n'est pas un acteur professionnel, et le travail du cinéaste est documentaire. La relation entre les deux n'en est que d'autant plus forte, car c'est dans l'intimité des sentiments d'Armand que se déploie le matériau des films de Blaise Harrison. 

Si Armand New York est à ce point touchant, c'est qu'il révèle cette relation intime entre deux êtres qui s'appuient l'un sur l'autre pour exister et avancer professionnellement. Le plan final le rappele bien : Armand existe grâce à Blaise, et inversement.