Focus sur Takami Productions

► Voir le film

Le programme de courts métrages "Profils en courts" sera diffusé en salle de cinéma auprès de nombreux(se) lycéen(ne)s et aprenti(e)s de la région Centre-Val de Loire en ce début d'année 2019, l'occasion de s'intéresser de plus près à une société de production singulière : Takami Productions. Producteurs des films Aïssa de Clément Tréhin-Lalanne et Le Bout de la piste de Sophie Thouvenin, ils reviennent dans cette brève interview sur ces deux films, leur ligne éditoriale et les projets à venir.

Pouvez vous nous présenter les missions de Takami Productions ?
Nous produisons et développons des courts métrages depuis 2002. Des collaborations suivies pour accompagner les auteurs jusqu’à leurs premiers longs métrages, et une ouverture constante aux jeunes auteurs et aux premiers films. Nous nous laissons guider par les rencontres et par les voix qui arrivent à nous.

Comment avez-vous été amené à travailler avec Sophie Thouvenin sur son film Le Bout de la piste ?
Nous avions produit en 2013, Canada, un premier court métrage que Sophie Thouvenin avait co-réalisé avec Nicolas Leborgne. L’histoire d’une jeune femme dont le petit ami est emprisonné pour de menus larcins, qui, au fil de ses visites au parloir, va tomber dans les griffes de Simone, une proxénète sans scrupules.

Le film entre en écho avec Aïssa de Clément Tréhin-Lalanne, que vous avez également produit, et qui traite également du sujet de l'immigration et de la clandestinité. Ce sujet vous tient-il part particulièrement à cœur ?
Tous les films qui abordent avec sincérité les sujets de société, qui proposent un angle, qui sont le vecteur de paroles importante à porter, nous tiennent à cœur.

Plus largement, vos choix en matière de productions obéissent-ils à une ligne éditoriale spécifique ? 
Ce sont les rencontres qui guident nos choix. Avec une personnalité, un ton, une voix. Tout ce qui ne nous semble pas vain, qui mérite un écho et un espace d’expression, peut trouver une place sur notre ligne. Nous n’avons pas d’a priori de genre ni de registre, nous ne demandons qu’à être surpris.

Quelles sont les difficultés que vous pouvez rencontrer dans la diffusion des films une fois produits ? Pour Le Bout de la piste et Aïssa notamment.
Concernant Aïssa, nous avons rencontré des difficultés pour le financer. Le projet faisait peur, pas tant par son sujet, que par l’angle choisi par Clément Tréhin Lalanne, le réalisateur : montrer, factuellement, une visite médicale (inspirée de faits réels), subie par une mineure sans papiers. Nous étions sur un fil : dénoncer, sans « racoler », trouver la juste distance. Le film a été sélectionné et récompensé au Festival de Cannes, ce qui l’a puissamment exposé et les diffusions (TV et festivals), se sont enchaînées de façon simple et exponentielle. Le Bout de la piste n’a pas eu la chance de bénéficier d’une sélection cannoise et de son rayonnement. Ce n’est pas un film qui prend le spectateur par la main, il est à la fois lumineux et brut, et son parcours en festivals ne fait que commencer. Nous sommes confiants. 

Pour terminer, quels sont les projets à venir qui méritent notre attention ?
Nous avons terminé le tournage de Prague, le nouveau court métrage de Reda Mustafa, où il est question de Rayan, un jeune espoir de l’athlétisme français, qui voit son avenir, et sa participation aux championnats du monde mis en péril par le retour dans sa vie de son malfrat de père et de ses éternelles magouilles. Reda y aborde à sa manière, la question du déterminisme social. 

Nous préparons également le tournage de Traverser la nuit, dernier court métrage de Hüseyin Aydin Gursoy, qui nous propose, le temps d’une nuit, rythmée par l’urgence, de suivre le parcours d’Elif, une ouvrière textile clandestine d’origine Turque, dans les années 90 en France, et de son fils Hasan. C’est l’histoire d’une femme qui décide de prendre en main le destin de sa famille, de ne plus subir, de ne plus attendre l’autorisation de personne, pour prendre une place qu’on ne lui aurait jamais donné. 

Nous sortions également le 13 février, le premier long métrage de Christophe Le Masne, Moi, Maman, Ma Mère et moi : Benoît (Gregory Montel) a loupé l'enterrement de maman. Il était coincé dans l'Eurostar. À contretemps comme toujours, et un peu piteux, il rejoint la maison familiale pour y retrouver son frère, ses deux sœurs... et dans un joyeux bazar, beaucoup de souvenirs.