Osman Cerfon : un regard décalé sur notre réalité


Alors que "Je sors acheter des cigarettes" collectionne sélections et récompenses, retrouvons un des précédents opus de son réalisteur, Osman Cerfon. Doté d’un imaginaire un peu fou et d’un humour bien à lui, Osman s’amuse dans ses films à emmener le spectateur dans des univers surréalistes où l’audace côtoie une fantaisie qui ne manque pas d’ironie. Ainsi se caractérise le premier épisode de la série Chroniques de la Poisse : Pas de peau pour l’ours, pour un face-à-face improbable entre l’homme et l’animal dédié à nos amies les bêtes.

Comme pour mieux souligner la part bestiale qui sommeille en chacun de nous, Osman Cerfon joue sur les parallèles entre l’homme et ses congénères à quatre pattes. Cultivant sans cesse le décalage de point de vue, ses films incitent à une prise de recul sur qui nous sommes. Les animaux, souvent au centre de ses créations, participent de cette mise à distance sur un ton d’humour noir et loufoque.
Que ce soit dans Pas de peau pour l’ours (2010) ou dans Comme des lapins (second opus des Chroniques de la Poisse - 2012), c’est par la confrontation entre espèces que le réalisateur traite le rapport à l’altérité et à la différence. Les situations des personnages, humains ou animaux, sont en effet souvent dictées par la rencontre avec l’autre, celui qu’on ne reconnaît pas comme son semblable. Les décors sont issus de la vie quotidienne, mais le dialogue et la parole n’y ont pas leur place. Les personnages ne savent qu’émettre des bruits et ont le regard fuyant. Les relations se traduisent en railleries, exclusion et cruautés envers celui qui est différent, amenant le spectateur à réfléchir sur la difficulté à s’intégrer et à tisser des liens lorsqu’on est hors-normes. 

Dans les Chroniques de la Poisse, un personnage à la fois central et discret incarne la différence par son physique de poisson anthropomorphique vivant parmi les humains. Son aspect repoussant lui vaut d’être rejeté de la communauté presque systématiquement. Mais comme pour conjurer le sort et rappeler à chacun que la roue peut tourner à chaque instant, Osman Cerfon prend soin de n’épargner personne dans le hasard et les aléas de la malchance. Rira bien qui rira le dernier…

Le pilote du projet de série Vaudou Miaou* (2015), qu’Osman Cerfon a conçu avec Benoît Audé, pousse plus loin encore le thème de la confrontation entre l’homme et l’animal. Cette fois, les parents d’une famille ont échangé leurs corps avec ceux de leurs animaux domestiques suite à une formule vaudou qui a mal tourné. Dans une approche plus douce et ouvertement drôle, les deux auteurs abordent littéralement la question des différences en opérant un curieux mélange d’identités. De contre-emplois en surprises hautes en couleurs, ils interrogent le spectateur sur sa capacité à se mettre à la place de l’autre et posent la question de ce qui nous définit.

Vaudou Miaou de Osman Cerfon©Miyu Productions, 2015
* soutenu par Ciclic - Région Centre-Val de Loire. 

Son dernier court métrage Je sors acheter des cigarettes est sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand 2019 et a reçu en octobre dernier le prix Emile Reynaud remis par l'AFCA (Association française du cinéma d'animation).

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