"Aran, souvenirs du monde flottant" de Charlie Rojo

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CIEL explore le monde, à travers voyages, souvenirs et hommage cinématographique, et s'arrête en Irlande avec le film de Charlie Rojo, Aran, souvenirs du monde flottant. 

Charlie Rojo adresse une lettre à Martin, rencontré il y a 5 ans à Inishmore, plus grande des îles d'Aran, en Irlande. C'est alors un dialogue qui s'installe entre le réalisateur, qui décrit le souvenir de cette rencontre et les souvenirs de ces différents voyages, et la voix en off de Martin qui raconte son île, son histoire, son quotidien. A travers les images des voyages du réalisateur, filmées en super-8 Noir et Blanc, et les archives personnelles d'un camescope des années 80, Martin est notre guide sur cette île abrupte qui se dessine peu à peu, et dont on nous présente aussi ses habitants. 

Charlie Rojo et Martin s'intéressent à l'histoire de cette île, évoquent également plus largement l'histoire de l'Irlande, et interrogent les traces et la mémoire. Les traces qu'on laisse, les traces qui resteront, ce qui sera immuable. Une certaine nostalgie se dégage de cet essai. Nous voilà explorateurs d'un monde quasi-perdu.

On nous emmène aussi à la recherche des traces de L'Homme d'Aran de Robert J. Flaherty (film de 1934). Le film devient alors un hommage cinématographique à cette oeuvre primordiale du cinéma documentaire. Le grain du Super-8, les plans de la mer en pleine tempête, nous replongent dans le souvenir de cet univers que nous avait fait découvrir le réalisateur américain. 

On nous fait regretter ce passé, même s'il paraissait difficile. Des oiseaux de fer viennent s'immiscer dans ce paysage maritime ("On est devenu moins qu'une île quand l'avion est arrivé", pense Martin) et les curraghs (sorte de canoës) finissent au musée. Martin dit aussi : "On pourrait dire : que faisiez-vous ? Pas de télévision, pas d'électricité, pas de voiture, mais bon il y avait d'autres choses à faire comme aller sur les falaises, chasser les lapins, se balader toute la journée du matin au soir. Et alors ? On passait du bon temps !"

Le vent, le bruit de la mer déchaînée qui rythment les entretiens et les séquences, les paysages rocheux et rugueux, nous rappellent sans cesse où nous sommes. La musique traditionnelle irlandaise du pub nous permet de reprendre notre souffle avant de repartir dans la voiture de Martin, notre "Homme d'Aran". Le réalisateur nous invite ici au voyage, à la découverte, à la contemplation et rend un bel hommage à cette île et ses habitants.  

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