"Bagni 66" de Diego et Luca Governatori

Le documentaire Quelle folie de Diego Governatori sort en salles le 9 octobre prochain. Afin de mieux connaître l'univers et le parcours de son réalisateur, voici à (re)découvrir l’un de ces précédents moyens métrages, Bagni 66, co-réalisé avec son frère Luca en 2011. Un film fort sur le rapport entre un père et son fils. 

Le récit

Bagni 66 est un moyen métrage de fiction qui questionne les rapports entre père et fils. Tous les étés, Élio retrouve son père en Italie pour l’aider à tenir le cabanon familiale et à accueillir les touristes. Le film montre une confrontation entre deux générations autour d’un lieu, le "Bagni 66" : un établissement familial sur la côte adriatique. Le père d’Élio, vieillissant, ne veut plus tenir le cabanon, il veut le vendre pour qu’il devienne une entreprise. Élio ne suit pas du tout son père dans ce choix et il souhaite continuer à s’occuper du cabanon. Le personnage du père est joué par le père des deux réalisateurs, ce qui ajoute une dimension et une force à cette relation. Artiste peintre, c’est lui qui a transmis à ces deux fils l’importance du cadre, du sujet et de la lumière. 

Dans Bagni 66, le père et son fils ne s’écoutent pas et ne s’entendent pas. Le père d’Élio est en crise et pense que ça ne sert à rien de garder le cabanon puisque c’est la crise partout : dans la société et tout le monde est en crise. Le père ne veut plus être en crise perpétuelle et ne veut plus se détruire en ne voyant que les côtés négatifs de la vie. Ainsi, les deux réalisateurs questionnent un sujet universel qu’est  le rapport à la vie : comment vivre et combattre la vie, ils questionnent également le bien-être, la famille, la mort ou encore la transmission, notamment celle de la langue (le père parle en italien alors que son fils lui répond généralement en français). En parallèle à ce rapport père et fils, le film pose également la question du fantasme. Élio rencontre une jeune femme et il veut s’engager dans une relation durable, il se voit tenir le cabanon familial avec elle, alors qu’elle est beaucoup plus libre et n’est pas dans la même optique que lui. Le film effleure cette rencontre et les réalisateurs décrivent le personnage féminin comme une « étoile filante » qui passe dans le film. 

Une proximité avec le documentaire et une esthétique forte 

Le film a un côté documentaire sans doute permis par les deux mois de tournage et la connaissance du lieu par les deux réalisateurs. Cette proximité avec le documentaire est accentuée par la spontanéité de certains mouvements, de certains dialogues et réactions des personnages. Cela donne une proximité et une intimité avec les personnages. Il y a une sorte d’intégration de la fiction dans le réel que l'on retrouve surtout à la fin du film, pendant le bal. 

Les deux réalisateurs ont donnés à l’image une place importante, une vraie signature de leur part. Le lieu est photogénique, esthétique et graphique, ce qui donne aux images une force certaine. Tout cela accentué par le travail sur les cadres, la symétrie de ces derniers et sur les couleurs. Le film a une force esthétique. La caméra à l’épaule et les gros plans donnent une proximité avec les personnages qui est accentuée par le travail sur le son et sur le silence. La construction des plans est généralement très frontale avec une construction symétrique mise en avant par le travail sur les couleurs.

On retrouvera cette force dans Quelle folie, le premier long métrage documentaire de Diego Governatori, réalisé cette fois sans son frère. 

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