Rencontre avec Christophe Camoirano, producteur et co-fondateur de Girelle Production

Particulièrement actif dans le domaine de la production audiovisuelle depuis 2006, nous avons rencontré Christophe Camoirano, un producteur volontaire et exigeant.


 
Pouvez-vous vous présenter et quel est votre parcours ? 
Girelle Production est née de l’association de Denis Boisset, Christophe Camoirano et Ludovic Vieuille. Nous sommes tous les trois issus des Beaux-Arts d’Orléans. Girelle existe en fait depuis 1998, mais jusqu’en 2006 nous étions spécialisés dans la création de sites web. C’est à cette date qu’avec Ludovic, réalisateur, nous avons créé la SARL dans sa forme actuelle et que nous avons commencé à produire des films. Marion Lacôte nous a rejoint il y a un peu plus de trois ans d’abord comme chargée de production et elle s'investit désormais aussi en tant qu'associée et chargée du développement et du suivi de certains projets.

Pourquoi (ou pour quoi ?) cette envie de devenir producteur et de produire des films ? 
Nous avons travaillé pendant presque 10 ans à la conception et la création de sites web pour les institutions. Lorsque les capacités du réseau et des débits internet ont augmenté de manière significative nous avons pensé que nous pourrions aussi produire des contenus pour ces sites et qu’il fallait pour cela nous restructurer. En parallèle, nous avions avec Ludovic des projets de films plus personnels et nous pensions que nous pourrions également produire nos propres films. Comme je le disais en introduction, nous sommes issus des beaux-arts et la création dans toutes ses formes reste donc un moteur essentiel dans notre travail. Au fil du temps et avec l’importance que la production avait prise dans la société, l’envie de produire également les films d’autres réalisateurs s’est imposée tout naturellement.

Y-a-t'il une œuvre ou un auteur ou un genre de films qui vous a donné envie de faire ce métier ? 
A vrai dire avant de me confronter à la réalité de l’exercice je n’avais aucune notion de ce que ce métier représentait comme investissement et champ de compétences... Ce sont avant tout des désirs de films qui m’ont motivé, dans un premier temps les miens et également ceux de proches comme Ludovic. Lorsque nous étions aux Beaux-Arts, nous avons achevé notre cursus par la réalisation de nos films de fin d’études. Le désir naît pour moi à cette époque, au début des années 1990.

Comment avez-vous appris ce métier ? 
Sur le tas ! Et avec beaucoup de naïveté au départ... je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait (il vaut mieux parfois...) et des mots comme COSIP étaient pour moi parfaitement abstraits ! Mais la technique s’apprend et avec un peu de temps, de la pratique, des rencontres, et beaucoup de questions on arrive petit à petit à produire son premier film. Le “sentiment” de légitimité a tout de même été relativement long à intégrer. Chaque film, chaque projet est aussi un “prototype” et si beaucoup de choses se réitèrent, il faut à chaque fois inventer, se renouveler, que ce soit dans le rapport aux auteurs ou le financement des oeuvres...

Quelles sont vos premières oeuvres produites et qu'en retenez-vous ? 
La particularité des premières œuvres produites au sein de la société réside dans le fait que j’en ai été également le concepteur et coréalisateur. Lorsque l’on débute, sans catalogue, sans références et avec aucune expérience, seulement de l’envie, personne ne vient vous voir... Le premier projet était “L’ABC d’Albert Jacquard”, série de films de 3 minutes qui mettaient en rapport le scientifique avec des jeunes autour de thèmes comme “Dieu”, “L’autre”, “Le sport”, etc. C’est un projet que je nourrissais depuis longtemps et les échanges avec Albert Jacquard restent inoubliables. La production est aussi une histoire de rencontres humaines. Cette série a également contribué à forger la ligne éditoriale de Girelle qui reste très centrée sur la transmission des “savoirs”, des arts plastiques ou de la musique, même si nous nous sommes depuis largement ouverts à d’autres sujets ou thématiques …

Producteur installé en région à Orléans : un avantage ou un inconvénient ? 
Je ne me pose pas la question. Les Parisiens nous la posent souvent par contre... La réalité de la centralisation du métier est bien réelle (encore plus dans le cinéma) mais je ne pense pas que cela ait été un obstacle. Nous avons sur notre territoire un partenaire important, Ciclic, avec lequel nous avançons depuis le début de notre aventure. Nous n’aurions pas pu nous développer de la même manière en nous installant à Paris. Beaucoup de nos projets sont faits avec des partenaires de la région, des techniciens, des auteurs et réalisateurs locaux. Les compétences et les talents existent “en région” ! Et beaucoup de très belles sociétés ne sont pas installées à Paris !

Comment définiriez-vous votre stratégie de production ? 
C’est une question complexe qui revêt plusieurs aspects. Il s’agit en effet de faire coïncider les désirs de films et la réalité de notre environnement de production tout en construisant une ligne éditoriale claire et identifiable ! Là, l’entrepreneur et le gérant de société cohabitent avec le producteur... Le plus compliqué reste tout de même de naviguer dans cet environnement qui est très instable actuellement (réforme du COSIP, fragilité des TV locales, etc.). Certains dispositifs avec lesquels nous avons produit jusqu’à aujourd’hui sont remis en cause et il nous faut être inventifs et rester combattifs. La première des stratégies à mettre en place est celle qui nous permet de continuer à exister et de faire les films qui nous plaisent !

On sent dans vos choix de productions une grande diversité en terme de format ou de contenu : un choix ? une nécessité ? le hasard des rencontres et des perspectives de financement ? 
Un peu des trois... même s’il ne s’agit évidemment pas de tout faire ! Nous avons produit beaucoup de petites séries ou unitaires documentaires mais nous développons aussi depuis quelques années des projets d’animation qui commencent à voir le jour et cela nous encourage dans cette nouvelle voie. Cette diversité nous permet de faire des rencontres assez diverses et variées (ceux qui fréquentent à la fois le festival d’Annecy et le Sunny Side of the Doc comprendront...), de nous renouveler et de garder un certain enthousiasme ! C’est aussi une question qui touche directement à notre stratégie de développement.

Avez-vous des auteurs "maison", des partenaires artistiques privilégiés ? 
Nous travaillons avec des collaborateurs réguliers et certains réalisateurs et techniciens sont des partenaires importants avec lesquels nous avons grandi et que nous continuons d’accompagner. Il me semble que toutes les sociétés de production fonctionnent un peu de la même manière. C’est aussi une question de confiance entre tous. Nous faisons par ailleurs chaque année de nouvelles rencontres qui nous enrichissent, même si certains projets ne voient jamais le jour. Il peut également arriver que des projets d’auteur “maison” ne soient pas produits par Girelle. Il est parfois bon et sain de se confronter à d’autres pratiques et personnalités.

Quels sont vos projets actuellement ? 
Nous avons en cours de production plusieurs documentaires, dont de nouveaux films de la collection La française des airs dédiée aux auteurs, compositeurs, interprètes francophones et un nouveau film de la trilogie consacrée au vin naturel pour France 3. Nous développons aussi quatre projets d’unitaires documentaires, une série de fictions courtes, deux courts-métrages d’animation et nous attendons de savoir si France Télévisions va donner suite pour une saison 2 à notre première série d’animation, Bigshot, réalisée par Maurice Huvelin.

Quelles sont vos envies pour l'avenir en tant que producteur ? 
La question est complexe... et le contexte difficile. Mon premier désir est de pouvoir continuer de produire les œuvres auxquelles nous croyons, et pour lesquelles nous avons envie de nous mobiliser. La difficulté étant que ces dernières ne sont pas toujours en adéquation avec les lignes éditoriales et les cases des diffuseurs. Je n’ai jamais réfléchi par cette logique de case. C’est certainement un tort, mais je suis plus dans une logique de “proposition” que de “remplissage”. Le développement de séries pour le web et de courts-métrages d’animation vont dans ce sens... L’avenir de Girelle, comme celui des autres sociétés, reste fortement lié au contexte actuel, mais il nous faut peut-être inventer, chercher de nouveaux modèles... dans tous les cas nous remettre en question et continuer d’avancer.

Propos recueillis par Ciclic, février 2015.