Comédie musicale : la musique adoucit les heurts...

Qu'elle irrite ou qu'elle passionne, qu'elle donne envie de se jeter par la fenêtre ou de gesticuler dans tous les sens, la comédie musicale ne laisse que rarement indifférent. C'est tout naturellement que ce genre cinématographique s'inscrit dans la sélection de CIEL#5 qui se consacre ces quelques mois à la musique. Au menu de ce focus, deux courts métrages : Comme un pixel sur la soupe, une animation acidulée et La Copie de Coralie : entre film chanté et film musical. Tout un programme !

Après l'invention du cinéma parlant à la fin des années 20, la musique et les chansons envahissent les films américains donnant naissance à un genre particulier : la comédie musicale. Elle est d'ailleurs à l'époque très souvent adaptée des grandes comédies musicales de Broadway. Dans les années 30, elles deviennent de plus en plus extravagantes, rivalisant de prouesses techniques, de décors somptueux et de costumes plus chatoyants les uns que les autres. Elles offrent aux "victimes" de la grande dépression, le rêve et l'utopie dont elles ont besoin pour s'évader de leur noirceur quotidienne. Busby Berkeley devient l'un des ambassadeurs les plus inspirés de l'époque.

Après la deuxième guerre mondiale, la MGM (Metro Goldwyn Mayer) étend son règne sur le genre et plus aucun autre studio ne peut rivaliser. Dans les années 70 et un retour au quotidien dans le cinéma américain, la comédie musicale perd de sa superbe. D'autres pays reprennent le flambeau comme l'Inde (Bollywwood) ou la France, avec Jacques Demy.

Comme un pixel sur la soupe : la famille prend le bouillon

Comme un pixel sur la soupe évoque avec férocité et humour, les difficiles relations qu'entretiennent les membres de la famille Cocotte Minute. Le père se fait une joie de ramener pour ses rejetons, le dernier jeu à la mode ; le Super Market Boy. Mais il préfère leur cacher afin de pouvoir voir les infos à la télé tranquillement. Evidemment la tension monte, les soupapes sifflent et les enfants sont très contrariés de ne pas avoir leur cadeau tant attendu. Pendant la nuit, ils arrivent, avec l'aide du chat, à chipper la console et à jouer. Mais ils sont aspirés par l'écran et deviennent prisonnier de la télé.

Reprenant une esthétique vieillote et décalée, savant mélange inspiré des sixties et des zones pavillonnaires les plus déprimantes, Comme un pixel sur la soupe, égratigne avec joie notre société. Le film datant maintenant de presque vingt ans, il préfigure l'omniprésence des écrans dans notre vie (télévision, jeu vidéo, téléphonie), la surabondance de communication et la surconsommation, origines sans vergogne de notre difficulté à vivre ensemble, à tisser des liens, à communiquer entre nous simplement et à observer le monde qui nous entoure. L'humour est primordial et empêche toute sentence trop définitive et péremptoire contre cette famille maladroite mais attachante.

Les réalisateurs, Denis Walgenwitz et Nathalie Pat, optent pour raconter leur histoire, pour la comédie musicale. On sent l'influence d'un Jacques Demy dans le travail des dialogues qui deviennent chansons, mais qui aurait été revitalisé et rafraîchi par une bonne dose de pop rock acidulée. Tout le travail d'Etienne Charry, le compositeur se retrouve parfaitement dans le film : ça pulse, c'est drôle, ça sonne parfois un peu bizarre mais c'est tellement bon.

La Copie de Coralie : copie non conforme

Balancé entre Hong Kong et Londres, Nicolas Engel est très vite séduit par le film musical. Il livre un premier opus de sa trilogie musicale en 2005 avec Les Voiliers du Luxembourg où son hommage à Jacques Demy est flagrant. Il se laisse ensuite bercer par les rythmiques mécaniques plus libres dans La Copie de Coralie en 2008. Viennent ensuite un Pocket film commandé par Arte, Un premier amour en 2009, un film de la collection Canal Ecrire pour... avec Lou Doillon Le Crocodile du Dniepr en 2010, et le troisième volet de sa trilogie musicale réalisé avec France Télévisions : Les Pseudonymes en 2011.

La Copie de Coralie se déroule dans un magasin de photocopie. Virginie, la jeune vendeuse est pétrie de bonnes intentions et voudrait tout faire pour aider son patron, Monsieur Conforme à retrouver un amour de jeunesse. Elle va dupliquer à l'infini (c'est son super pouvoir), la photo de cette inconnue croisée frotuitement quelques années plus tôt. Le miracle va-t-il arriver ? En tout cas un sosie de la jeune femme, sorte de copie étrange et non conforme d'Anna Karina, débarque à l'improviste, tendant à prouver la filiation du jeune réalisateur pour la nouvelle vague et son naturalisme stylisé.

Dès le début du film, Nicolas Engel pose clairement ses marques. Il joue avec les sons d'ambiance du magasin : ronflements des photocopieurs, bruits des tirages, cliquetis du tiroir-caisse. Tout est prétexte à créer une petite symphonie mécanique qui va rythmer le film. Les dialogues des comédiens, parlés au début du film se calent sur cette ritournelle, ils glissent petit à petit vers le chant et la musique naît petit à petit créée par le compositeur Philippe Poirier, ancien membre du groupe Kat Onoma. 

On suit alors la vie de ce petit magasin provincial, qui ressemblerait plus à un petit café de village qu'à un atelier de reprographie, tant les clients semblent être des habitués quotidiens. On sent que les liens sont tissés étroitement entre les personnages.