Entre chiens et loups

Promenons-nous dans les bois des films Grand net couteau de Fabrice Main et Le Loup Blanc de Pierre-Luc Granjon où CIEL#8 explore des espaces interlopes. A la tombée de la nuit, les enfants fascinés et guidés par les animaux, y pleurent intérieurement les contradictions de la vie en tentant d'apprivoiser la mort.

Comment pleurer la mort d'un chien de famille et ne pas pleurer celle du cochon sauvage d'une énième partie de chasse d'un dimanche après-midi ? Et couper la tête d’un animal vivant, ça vous tenterait ? La bête n'a peut-être plus mal c’est vrai, mais dans les deux cas nos angoisses refont surface à travers ces regards d'enfants posés sur ces morts actées, décidées, banalisées…

Dans le conte aux allures de cauchemar de Pierre-Luc Granjon, l'enfant est même déjà complice des grands en jouant avec la tête d’un petit lapin, offrande précieuse pour gagner la confiance du loup. Chez Fabrice Main, les chiens sont eux bel et bien au service des hommes et deviennent à leur tour les complices de l'acte de mort programmé. Il n'y a plus d'animaux, il n'y a plus d'hommes... Le regard des enfants rouvre la porte que nous, adultes, avions déjà fermée et nous perd à nouveau dans cette forêt sombre pleine de contradictions. Deux films, où l'obscurité éclaire les enfants et les égare pour qu'ils se trouvent. Les parents ont déjà un temps de retard, ne saisissant peut être pas l'importance de ce qui se joue là sous leurs yeux. Petites phrases et gestes anodins pour ces bambins, attitudes et révélations fondatrices pour ces adultes de demain.

Pour faire le deuil, on enterre, on déterre même... Pour se questionner, comprendre et avancer. "C'est comme ça, c'est la mort... Mais il faut pas sortir tout seul dans la nuit... D'accord ?"