"La Défaite du rouge gorge" ou une tragi-comédie romantique

Avec La Défaite du rouge-gorge, Valérie Mréjen raconte l'histoire de Lucie, trentenaire timide et introvertie, en quête d'une vraie relation amoureuse, et plonge ainsi le spectateur dans le discours amoureux. 

La Défaite du rouge-gorge marque les premiers pas de Valérie Mréjen dans le monde et le langage du cinéma. Si elle est déjà expérimentée dans la narration et la réalisation par de nombreuses vidéos d'art, ce court métrage rentre dans une écriture et une production plus cinématographiques. 

La Défaite du rouge-gorge est une comédie romantique mélancolique où le spectateur suit l'histoire amoureuse de Lucie (Jocelyne Deverchère, comédienne habituelle dans les films de la réalisatrice) avec un jeune homme rencontré lors d'une soirée chez des amis, Bertrand (Edouard Levé, comédien mais surtout photographe et écrivain). Lucie, en quête de l'amour, va "tomber" dans une relation dont Bertrand, lui, s'échappe très vite, notamment par les nombreux rendez-vous manqués qu'il lui inflige. Heureusement, Lucie a un confident, Pierre (Scali Delpeyrat), qui lui permet d'affronter et de se moquer in fine de la réalité de son histoire moureuse ratée. Le film joue sur le personnage féminin entre ces deux personnages masculins. Lucie passe de l'un à l'autre, d'une histoire amoureuse espérée et mal embarquée à une amitié ironique et solide. Le film se caractérise, comme les autres films ou vidéos de la réalisatrice, par l'importance des plans fixes et de la parole : les personnages parlent beaucoup et agissent un peu dans un cadre immobile. 

Ce film est inspiré d'une nouvelle de Valérie Mréjen, L'Agrume. A partir de cette libre adaptation, Elisabeth Lebovici, auteur d'un texte "Bons plans" pour les éditions Pointligneplan, remarque une caractéristique intéressante du film : 

"Le fil conducteur du film, qui semble être cette histoire d’amour “ agrumeuse ”, néologisme évoquant le récit littéraire sus-cité, pourrait bien être la persistance, la persévérance, dans chacun des plans, d’un aliment (ou d’une boisson) différents – y compris dans la seule scène sexuelle du film, signifiée par des soupirs “ off ” qui consiste en un gros plan de pamplemousses, emballés dans du papier de soie décoré d’un cœur. Chaque plan, en effet, convoque différentes formes et éléments de nourriture, qu’il s’agisse de buffet, de café, de restaurant ou de concombre, de chocolat, de boule au rhum, pâte d’amande, pain rassis, glace, de déjeuner raté ou de confiture de grand-mère prétexte à ne pas se déplacer “ alala je ne peux pas venir, c’est trop bon ”, pour finir sur le recyclage cathartique d’un sac en plastique, objet rejeté — comme Lucie — qui retrouve sa dignité en devenant un tableau encadré."

La fiche du film