Matière de l'éphémère

Comment matérialiser le temps qui passe ? Cette question revient à chercher à comprendre, pour mieux la saisir, l’évolution inéluctable de nos existences. Un chien, un fils, une mère... c'est toujours l'amour qui anime les personnages de sable de Svetlana Filippova, présidant à leurs plus grandes joies comme à leurs pires déchirements.

Svetlana Filippova confie : « pour moi, faire un film, c’est tenter de comprendre le passé.» Là où meurent les chiens interroge en effet le temps qui passe et les traces qu’il laisse, heureuses et douloureuses. Dans ce conte de la vie ordinaire, le chien apparaît comme le symbole de l’amour et de la nostalgie du temps de l’enfance. Il résume à lui seul la tranche commune de trois vies fondamentalement liées : la vie d’un enfant devenu homme, d’une mère voyant partir son fils, d’un chien qui, meilleur ami autrefois, se voit peu à peu oublié. Ainsi, au fil des images, le chien rétrécit et sort parfois littéralement du cadre, au profit du nouvel amour grandissant de son maître qui occupe bientôt tout l’espace.
 
Pour matérialiser son récit, Svetlana Filippova a choisi le sable, élément mouvant et modulable à l'équilibre fragile. Chaque scène de partage, de jeu, de tendresse est un tableau éphémère que le temps souffle et balaie pour laisser place au suivant. Alors, son heure venue, guidé par une étoile filante et les corbeaux ambassadeurs de l’Autre monde, le chien rejoint pour toujours ses joyeux souvenirs. Mais au-delà d’une fin tragique, le terme d'une existence ne serait-il pas le début d'une autre vie et d'un bonheur retrouvé ? Ainsi conclut la cinéaste : « Une image apparaît, celle du pays des énormes corbeaux, où se réalisent les vœux. Une fois là-bas, on se retrouve de nouveau avec ceux qu’on aime. Mais pour y aller, il est vrai qu’il faut mourir. La mort n’est pas si terrible. Elle est le prolongement de nos rêves. » Extrait de la note d’intention