Pablo Pico : composer, c'est faire partie d'une aventure

A 32 ans, Pablo Pico présente un parcours de challenges artistiques en tous genres, au cœur desquels se trouvent toujours des rencontres. Installé à Tours, il cultive avec talent et humilitéun juste équilibre entre ouverture aux univers des autres et indépendance de création. Au-delà de son parcours, nous avons choisi de vous présenter deux animations qui témoignent de son travail de compositeur : Trois petits points et The Odd sound out. C'est le second portrait proposé dans cet opus 5 de CIEL, avec celui consacré au réalisateur compositeur Bertrand Bonello.
 
Percussionniste classique de formation, Pablo Pico s’intéresse à toutes les disciplines, de la fanfare de rue aux compagnies de théâtre, et au cinéma dans ses diverses formes. Sa curiosité l’a conduit à apprendre et à expérimenter la musique dans des rôles très différents de narration et d’illustration. Sa démarche s’accompagne aussi d’une volonté de partage et d’échange avec les artistes qu’il côtoie.
Mais s’il s’attache à inscrire sa musique dans une œuvre collective et globale, il garde également à cœur de la faire exister pour elle-même, en tant qu’œuvre à part entière.

A l’instar des cinéastes qui trouvent dans le court métrage une opportunité d’expérimenter de nouvelles formes visuelles, le musicien s’autorise aussi à l’invention ici plus qu’ailleurs. 
En effet, lui aussi l’affirme en tant que compositeur, le court métrage offre un terrain de jeu hors pair pour l’exercice artistique : « J’étais (…) très éparpillé en tant que musicien et le cinéma d’animation, en particulier le court métrage, qui est une forme très libre, m’offrait la possibilité d’opérer une synthèse de tout cela. » extrait d’un entretien avec Thomas Blondeau, Ecran Total, 21 octobre 2015.
  
Réunis le temps d’un film, réalisateur et musicien vivent une aventure commune et complice. Pour Pablo Pico, c’est d'abord cette relation étroite et unique avec chaque réalisateur qui est vecteur et moteur de création.
Ce goût de la découverte et de l’exploration artistique, Pablo Pico aime le mettre à l’œuvre aux côtés de réalisateurs en herbe. C'est ainsi qu'il collabore depuis plusieurs années avec des écoles de cinéma d’animation aussi prestigieuses que The Animation Workshop au Danemark, l’EMCA d’Angoulême, La Poudrière à Valence ou l’école des Gobelins à Paris où il a déjà participé à une dizaine de films de fin d’études.

Trois petits points de Lucrèce Andreae, Florian Parrot, Tracy Nowocien, Rémy Schaepman, Ornélie Prioul et Alice Dieudonne et The odd sound out (Drôle de son) de Pernille Sihm sont issus de L’Ecole des Gobelins pour le premier, et de The Animation Workshop pour le second. 
Dans les deux projets, la subtilité de la création musicale réside là encore pour Pablo Pico dans l’interaction et la qualité des échanges avec les réalisateurs sur leur film. La mise en parallèle de ces deux films permet d’observer des niveaux d’intervention de la musique et des sons spécifiques à chaque projet.
Dans Trois petits points, c’est la vélocité du récit qui dicte le rythme. L’empressement du personnage principal et son entêtement à tout réparer au plus vite le précipitent dans une chute inéluctable. Le thème du ragtime soutient la frénésie de ce personnage et contribue aux références historiques du film dont l'histoire se déroule au début du XXe siècle. L’image s’apparente alors au cinéma muet qui se caractérise aussi par une rapidité de lecture. Pour l'équipe de Lucrèce Andreae et Pablo Pico, le piano et sa couleur ancienne s’imposent comme une composante majeure de l’histoire. La pièce de ragtime spécialement composée pour l’occasion sert donc le film autant qu’elle existe en elle-même.     
La participation du compositeur à The Odd sound out se traduit de manière particulièrement ludique avec les personnages du film, qui ont chacun un son et un instrument propres pour les caractériser. Ici, les sons sont littéralement représentés à l’image, et leur existence est donc conditionnée plus que jamais par le son. Dans un amusement partagé avec l’équipe de réalisation, Pablo Pico a développé une grande diversité de création pour ce projet, de la mélodie de la trame de fond au chant des voix des personnages, en passant par quantités d’instruments et de bruitages spécifiques à chaque personnage. Le résultat donne des sons aussi visuels que les images et « regarder la musique » s’entend ici au sens littéral ! 

Pablo Pico a également mis son inventivité au service des deux derniers opus de la collection En sortant de l’école, qui confie à des réalisateurs tout droit sortis des écoles d’animation françaises l’adaptation de poèmes de grands auteurs. Le musicien a ainsi coopéré au numéro dédié à Robert Desnos et vient de finir le dernier volet de la collection consacré à Guillaume Apollinaire (sortie en mars 2016 / Tant Mieux prod).
 
Si l’animation lui procure un plaisir et une liberté de création certains, Pablo Pico revendique et prouve son intérêt pour l’ensemble des genres cinématographiques par sa collaboration à de nombreux autres projets en prise de vues réelles. 
Alors qu’il accompagne encore le long métrage d’animation de Simon Rouby sorti en octobre dernier, Adama, le monde des souffles, dont il a composé la bande originale qui lui a valu le Prix de la meilleure bande-son au festival Voix d'Etoiles de Leucate 2015, Pablo Pico vient de terminer la musique d’un documentaire sur Bernard Maris. Il compte également d’autres documentaires et courts métrages de fiction à son actif.