Tous les gens sont célibataires... même quand ils vivent en couple.

Avec Corps inflammables et 75 centilitres de prière, (re)découvrez deux moyens métrages de Jacques Maillot, un réalisateur qui nous plonge au coeur de la vie amoureuse de jeunes trentenaires pessimistes, mais joyeux (ou l'inverse). Deux films & un portrait pour ce numéro de CIEL consacré à la drague.

N'ayant pas réalisé de long métrage depuis 2008, Jacques Maillot est trop peu visible ces derniers temps ; c'est une petite piqûre de rappel avec deux oeuvres importantes (en tous cas à nos yeux) de la filmographie de ce talentueux réalisateur.

Dans le film 75 centilitres de prière, Jacques Maillot nous propose de passer une soirée entre amis. Une bande de copains qui se connait depuis toujours, de ceux "qui ont été dans les mêmes boums, ont redoublé les mêmes classes, ont vomi après les mêmes beuveries" et accessoirement qui sont tous tombés amoureux de la même fille Claire. Les retrouvailles autour de ce repas sont assez convenues mais calmes et détendues ; on félicite même Claire et Michel pour l'annonce d'un heureux évènement. Bref, tout se passe assez normalement, comme dans beaucoup de soirées, jusqu'à la coupure d'électricité. Faute de lumière et de musique, l'idée d'un jeu va être lancer : que chacun écrive un voeu sur un bout de papier et le glisse dans une bouteille vide. "Un grand appartement" pour l'un, "un boulot" pour l'autre ou "j'aimerais bien baiser avec Claire" pour Didier...

Avec beaucoup de finesse, de justesse et de tendresse, Jacques Maillot nous invite à partager leurs confessions, leurs désirs inavoués, leurs histoires de couple mal vécues, leurs ambitions, leurs faiblesses ; autant de sentiments et de sincérité qui nous touchent, nous étonnent et nous questionnent sur le fonctionnement d'un groupe d'amis, sur ce que chacun attend de la vie, de l'amour et surtout sur ce qui se cache derrière les apparences. "Une soirée de merde" dira l'un de ces personnages : pas facile de se faire comprendre de ses semblables même lorsqu'on les connait depuis toujours.

L'autre groupe de trentenaires que nous invite à rencontrer Jacques Maillot dans Corps inflammables est peu être un peu moins établi (moins en couple) et un peu plus rock'n'roll, mais les préoccupations restent exactement les mêmes : l'amour, le sexe, la drague, l'identité sexuelle, la vie de couple, l'adultère : le sentiment amoureux dans toutes ses dimensions, ses travers et ses contradictions. Là encore le réalisateur nous invite à partager avec beaucoup de finesse, de justesse et d'élégance, les confessions, les angoisses, les déceptions des différents personnages de son film. Un film chorale où chacun s'interroge sur sa vie amoureuse et ses sentiments.

La restauration de chacun de ces films, effectuée très récemment, est parfaite pour assurer un voyage sans encombre au coeur des années 90 : la musique, les vêtements, la décoration des salles de bain et le mobilier des cuisines. C'est un immense plaisir de revoir ces films pour celui qui aime le cinéma d'auteur français et les metteurs en scène qui cherchent à décortiquer les sentiments, à fouiller les ressorts de l'amitié et mettre à nu les trésors cachés et inavouables de l'amour et de l'intime.

Ce que souligne et met en scène brillamment Jacques Maillot dans chacun de ces deux films, c'est la difficulté pour les êtres humains à communiquer, à s'écouter, à s'entendre, se comprendre et à s'aimer avec ses congénères. "Tous les gens sont célibataires... même quand ils vivent en couple".