Travellinckx, je suis ton fils une fois

Sur les routes de sa Belgique préférée, Bouli Lanners filme le héros de son film qui voulait devenir le héros de son père. Mention spéciale au prix Sabam du meilleur court métrage belge en 1999, le road movie Travellinckx a bourlingué en festivals.

C’est donc l’histoire de Didier par Bouli. Didier pense qu’il va mourir à cause de l’amiante de son radiateur. Oui, c’est un drôle de type le Didier. Et comme c’est un drôle de type, il décide de faire un film pour son père afin de lui laisser quand même un petit héritage. Bouli filme donc Didier, dans sa touchante quête de reconnaissance paternelle à travers des lieux qu’il a visités pendant son enfance. 

Bouli aime son personnage, lui parle, le conseille et le rassure. Il le magnifie évidemment avec ce regard tendre qui accompagne toujours cette petite pointe d’humour insolite propre au cinéaste. On savoure ici déjà toute l’intelligence de cinéma de Bouli Lanners qui sous des faux airs de documentaire improvisé et bricolé, maîtrise déjà parfaitement son récit et sa mise en scène.

Dans ce périple au pays des belges, on ressent la Belgique non pas par les images brutes en tant que telles, mais bien par la façon de les filmer, de les raconter, de les commenter. Et Didier a beau crier sa honte d’être belge, on ne le croit pas vraiment, non… Il nous fait juste un peu de tension le Didier car il vient d’apprendre que Marc Dutroux s’est échappé. Alors tenter de réparer un peu soi-même l’affront qu’a fait ce criminel à son pays n’est vraiment pas une mince affaire certes, mais elle a de quoi aux yeux de Didier, rendre un père fier de son fils.

Avec sa caméra super 8 à la pellicule noir et blanc granuleuse et sur une musique rock mélancolique de Jarby McCoy, Bouli travaille ses thèmes de prédilection, comme le mouvement, la quête, le marginal errant, les espoirs inaccessibles de grandeur et d’accomplissement et tout ceci avec un talent indéniable mais surtout une envie débordante de révéler et célébrer l’humanité.