Voyage inouï en terre inuite : Sebastien Betbeder, cinéaste de l'extrême rencontre

Le travail du réalisateur Sébastien Betbeder autour du voyage, du rapport des hommes à l'autre, à l'ailleurs, fait largement écho au thème de Ciel #6 : Destination monde.

Dans la filmographie du réalisateur, on sent le désir presque obsessionnel de pousser ses personnages à quitter la ville, à les faire sortir de leur espace quotidien physiquement mais aussi intellectuellement.

Les fugues qu'il propose ont par le passé étés souvent de courtes distances, comme dans Les nuits avec Théodore où les héros s'évadent de Paris-ville à... Paris-nature prenant pour lieu d'action le parc des Buttes Chaumont. Ce lieu agit clairement sur eux comme un ailleurs puissant, où une autre vie est possible. Un espace-temps à part, une parenthèse exploratoire.
Nul besoin d'aller bien loin pour se mettre en danger. Ce sont dans ces petites escapades que Betbeder a commencé dans ses films à tisser une réflexion sur l'exploration de ce que créé sur les hommes la découverte de l'ailleurs, l'émotion des premières fois.

Betbeder semble jouer des espaces qu'il filme tantôt en les cloisonnant, enfermant ses personnagees dans le cadre, tantôt en laissant des portes ouvertes sur le hors champs, l'ailleurs, le monde ! Il met ainsi en scène la capacité d'adaptation des personnages en les confrontant de l'ici vers l'ailleurs.
Formé aux Beaux-Arts puis au Fresnoy, on trouve toujours chez le réalisateur une recherche formelle sur l'exploration de territoires d'appartenance. Son cinéma est fait d'essais, de recherches. On y trouve des ingrédients du mumblecore, car il ne s'attache pas à l'universalité, pas de grand message ni de grandiloquence, juste des personnages assez autocentrés qui se débrouillent dans leur quotidien un peu étriqué et composent au jour le jour avec leurs envies et leurs contraintes.

"Les voyages forment la jeunesse" dit-on. Chez Betbeder la jeunesse vit par le biais de quelques sorties "hors les murs" l'expérience de l'altérité, du monde qui entoure une génération de trentenaires désabusés, mais pas en mal de fantaisie, dont sont pétris les personnages de ses films.
Mais au détour d'un nouveau film, en 2014, le petit monde décrit ici va devoir bousculer ses habitudes car : les inuits débarquent à Paris !
Avec le projet global Voyage à Kullorsuaq Sébastien Betbeder nous offre une petite perle de comédie multimédia.
Composé de deux courts métrages (Inupiluk, Le film que nous tournerons au Groenland) et d'une web série, ce projet créé un pont, sur le ton de la comédie, entre Paris et Kullorsuaq au Groenland.

Inupiluk : Le match aller
Il s'agit là du premier court métrage développé pour le projet. L'idée du film a germé dans l'esprit d'un trio improbable : un producteur, Frédéric Dubreuil, un réalisateur, Sebastien Betbeder et un explorateur, Nicolas Dubreuil.
Dans les faits, Nicolas a organisé un voyage à Paris pour deux de ses amis Inuits qui n'étaient jamais partis du Groënland. Il fallait garder une trace de cette expérience inédite, restait à trouver une forme pour immortaliser cela.
Le réalisateur commence à travailler sur un projet de film avec pour trame cette visite en terre inconnue. La forme documentaire ne sera pas retenue, il s'agira d'une fiction aux contours libres qui laissera une grande place au naturel. Pour étayer la trame narrative et densifier le "scénario", Betbeder fait appel à deux comédiens, Thomas Blanchard et Thomas Scimeca, qui joueront les guident de fortune à Ole et Adam lors de leur séjour parisien.
Le film traite avec bienveillance et drôlerie des incompréhensions culturelles où chacun improvise de son mieux pour briser la glace et partager un bon moment. Entre fous rires, découvertes d'un monde aux antipodes de leur quotidien, Ole et Adam donnent une jolie bouffée d'air aux deux Thomas qui ne manqueront pas de méditer, à leur façon, sur ce que peut être cette vie ailleurs, au Groenland.

Le Voyage au Groenland : Le match retour
Le voyage de Thomas et Thomas sur les terres d'Ole et Adam fait l'objet d'un long métrage, sélectionné en mai prochain au Festival de Cannes, dans la sélection de l'ACID. Le Voyage au Groenland sortira sur les écrans en fin d'année 2016. Une web série intitulée Voyage à Kullorsuaq est dédiée au tournage du film. Ici ce sont les deux Thomas et l'ensemble de l'équipe du tournage qui se prêtent au jeu de la transmission d'expérience. A travers un journal de bord, mais également autour de 10 épisodes, l'internaute peut vivre l'expérience du film de la préparation au tournage.