Merci Cupidon, signé Abel et Gordon

Deux êtres esseulés se découvrent par hasard dans un bar au moment des fêtes de Noël. Deux existences solitaires qui se cherchent, s'approchent, sans jamais vraiment oser se regarder. Leurs corps dégingandés s'animent tels des pantins articulés.

Il y a dans ces personnages une maladresse naturelle et une grande innocence, ce sont de grands enfants. Cupidon a décoché sa flèche et tous deux savourent un moment furtif de bonheur jusqu'à l'extase des bulles de champagne qui coulent à flots. Pourtant, ils restent enfermés dans leurs mondes et ne parviennent pas à formuler le moindre mot à part un timide « je suis très gênée» lorsqu'il lui offre le champagne et qu'il répond « moi aussi ».

Autour d'eux des couples improbables reproduisent et amplifient les faits et gestes des deux personnages accentuant encore davantage la maladresse de leurs sentiments. Dans un décor fait de bric et de broc, et des néons qui rappellent les années 70, le tempo rétro est donné par un groupe de musique déstructuré. A la manière d'un film muet, cette musique illustre les émotions que les personnages sont incapables de formuler par les mots. 

La mise en scène très théâtrale insiste sur la solitude des personnages et leur grande fragilité. Le langage corporel apporte une poésie et développe un imaginaire pour rechercher une complicité comique avec le spectateur et défier les apparences.

Le trio Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Rémy se sont rencontrés dans les années 80 à l'école Jacques Lecoq, célèbre pour son enseignement basé sur le corps, la maîtrise du geste et du mouvement. Fans de Tati, et des grands burlesques Buster Keaton, Charlie Chaplin, les trois réalisateurs tiennent le pari d'amener le théâtre au cinéma « tout comme les pionniers du cinéma l'ont fait », et d'inventer un univers décalé qui puise dans l'innocence et la fragilité des personnages pour développer un imaginaire qui provoque le rire.